
Ya-t-il une malédiction qui pèse sur les marchés du Cameroun ? On peut effectivement se poser la question face à la série noire enregistrée ces dernières semaines. Dernier arrêt : le marché de Tiko parti en flammes il y a tout juste une semaine. Au moins 700 boutiques et tout leur contenu sont ainsi partis en fumée. En un rien, le poumon économique de cette cité stratégique de la région du Sud-Ouest a été réduit en cendres.
Cet incendie dont la gravité et l’impact sont évidents, a vite fait penser à l’autre incendie, survenu au marché central de Douala le 15 décembre dernier.
Là encore, l’un des plus grands marchés de la sous-région Afrique centrale a été ravagé par des flammes et a dû être fermé de longues semaines durant par mesure de sécurité. Résultat : une bonne partie de l’activité économique paralysée.
Ça fait quand même une belle série noire ! Avant Douala et Tiko, il y a eu le marché de Mokolo à Yaoundé, les marchés de Kumba, Limbé, le marché « Kosovo », toujours dans la capitale. Bref, des images d’incendie dans les grands centres de commerces commencent à devenir ordinaires. Il faut dire que les causes sont généralement les mêmes : court-circuit. Et pour vraiment remonter plus haut, des branchements électriques anarchiques sont presque toujours au départ de ces incendies à répétition. C’était le cas la semaine dernière à Tiko, en attendant que l’enquête ouverte à la suite du sinistre ne démontre le contraire. C’est encore un court-circuit qui a mis le feu au marché central de Douala en fin d’année dernière.
Connaissant nos marchés, la situation est loin d’être surprenante. Car même si les commerçants donnent l’impression de s’accommoder de cette espèce de système D de la distribution d’électricité, ils ne disposent pas de moyens pour s’assurer un minimum de sécurité dans la manipulation de l’énergie électrique. On fait passer des fils comme on peut. Au-dessus des têtes, à même le sol… pourvu qu’on soit alimenté. Ces circuits de distribution informelle du courant prospèrent d’autant plus que les installations d’origine sont généralement vétustes. Et comme la population des marchés est en nette augmentation depuis les années de construction de la plupart des sites, il est facile de se retrouver en situation de surcharge par rapport à l’infrastructure mise à la disposition des marchés.
Autre facteur aggravant, l’architecture actuelle de ces marchés. Véritables labyrinthes, où l’on cherche en vain la configuration d’origine. Tout le monde veut être près de la voie d’accès et près des clients. Résultat : des boutiques improvisées, de préférence en matériaux provisoires remplissent les allées, au vu et au su de tous. En cas d’incendie, ce sont elles qui favorisent la propagation des flammes et en même temps, rendent difficile l’évacuation.
Question : pourquoi cette récurrence des incendies n’a-t-elle pas provoqué d’électrochoc jusqu’ici ? Difficile à comprendre. Le mal est connu, les causes aussi. Mais les cas se multiplient à travers le pays. Comme s’il s’agissait d’une question de fatalité. De toute façon, il est loisible de constater que la sécurité incendie n’est pas la priorité numéro un dans la gestion des marchés. Qu’est-ce qu’on fait? On attend le prochain incendie ?