 Cette noble profession s’est littéralement dégradée au fil du temps devenant ainsi le dépotoir attitré de tous les ratés des différentes séries scientifiques de l’enseignement secondaire. L’histoire de la formation des médecins au Cameroun débute le 28 octobre 1965 par décret n° 65/ DF/ 480. L’organisation de la réforme universitaire du 19 janvier 1993 par le président Paul Biya vient modifier ce texte avec la mise en place de 06 universités d’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Mais le fait majeur qui va s’en suivre est l’éclatement de l’unique école de formation des médecins au Cameroun le « CUSS » en faculté de médecine et des sciences biomédicales.
Formation ambiguë
Actuellement, non seulement que toutes les universités publiques et privées possèdent les facultés de médecine, mais aussi, on retrouve d’autres structures parelles qui octroient des formations en médecine dans les régions du pays. Toutes ces structures forment environ 5 000 médecins par an et accueillent à souhait des étudiants sans véritable critère de sélection rigoureuse comme jadis dans le CUSS. La croissance exponentielle des effectifs et le faible taux d’encadrement de ces étudiants laissent prospérer les préjugés selon lesquels aucun médecin sérieux ne peut être produit dans ces conditions.
En effet, ces structures même publiques, sont pour la plupart délabrées, dans un manque criard de matériels pédagogiques. Comment imaginer un médecin qui se forme sans avoir jamais mis en pratique ses connaissances théoriques pour défaut d’infrastructures ? C’est sur les malades dont il est appelé à soigner qu’il utilisera par la suite comme cobaye. Les formations dispensées sont désuètes, les programmes de formation initiale ne sont guerre pris en compte. Avec la démoralisation de la communauté universitaire touchant les enseignants sans véritable profil de carrière avec des étudiants qui enregistrent un fort taux d’échec, il est bien difficile de parler alors de la qualité de la formation.
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Mauvais traitement
D’autres maux qui émaillent le secteur sanitaire au Cameroun, c’est aussi la non-reconnaissance du travail accompli par certains médecins qui font réellement leur travail.
Les salaires sont très bas, parfois subissent des gels. D’ailleurs, ceux-ci se plaignent qu’ils n’ont pas un véritable profil de carrière. Les affectations et l’occupation à des postes de responsabilités relèvent d’une politique de positionnement, de parrainage, qui n’a rien à voire avec la compétence, l’expérience ou encore l’ancienneté. Les salaires qui ne sont pas assez motivants obligent certains médecins à se tourner vers la pratique d’exercices plus lucratifs que la médecine, ou cumulent avec des activités externes à l’hôpital. D’autres s’en sortent grâce aux détournements et au racket des usagers afin de maintenir leur niveau de vie.
A l’hôpital Laquintinie par exemple, les médecins ont pour la plupart des cliniques privées. Au lieu de suivre les patients normalement à l’hôpital, ceux-ci se transforment en véritables agents commerciaux, demandant aux patients de se rendre à la prochaine occasion dans leurs cliniques où ils recevront des meilleurs soins.
Conséquences
De plus en plus, le reflexe a pris le dessus sur les habitudes des populations qui, à chaque prescriptions médicales, prennent bien le soin de lire attentivement la notice avant la consommation du produit. Signe visible que celles-ci n’accordent plus assez de crédits aux médecins.
La confusion est patente sur certaines prescriptions médicales qu’on a du mal à croire que leurs auteurs ont subi une moindre formation dans la matière. Les produits pourtant incompatibles se retrouvent mélangés dans une thérapie. On vous prescrit un traitement qui n’a rien à voire avec le mal dont vous souffrez. Des actes qui entrainent des doubles traitements, des cas d’aggravation de la maladie, au pire la mort.
Se rendre à l’hôpital aujourd’hui constitue un risque, une véritable partie de jeux du hasard. C’est ce qui justifie sans doute le fait que nos gouvernants, lorsqu’ils sont atteint d’une maladie vont se faire traiter en Occident au lieu de mieux organiser notre système sanitaire en la dotant d’une politique adéquate. Et que dire de la prolifération du charlatanisme dans la médecine traditionnelle ? Les pharmacies sont devenues les lieux de consultation des malades au détriment des hôpitaux. L’évasion des étudiants camerounais dans les pays comme le Sénégal, la France ou encore le Benin est une illustration de la quête permanente de ces compatriotes des structures de formation plus adaptées à la pointe de l’évolution technologie et scientifique.
Jean Jacques Ntyam Ela
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