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1 – Mfandena, le nouveau boulevard du 20 mai En cette matinée du samedi 6 mars 2010, la ville aux sept collines brûle comme dans un fourneau. A cause de la canicule, les pochettes jetables et les mouchoirs ne servent plus à grand-chose. La chaleur a même transformé les grosses mottes de boue laissée par la forte pluie qui s’est abattue sur la ville à la veille en de miniscules grains de poussière. A Mfandena, précisément lieu-dit « Carrefour stade omnisports », on peut lire sur une plaque de signalisation l’inscription « Attention. Travaux à 100 m. Ralentir».
C’est, apprend -on, à cet endroit que va désormais se dérouler le défilé du 20 mai à Yaoundé. Le site en lui-même donne l’impression qu’on est dans un « champs de patates ». Sous cette chaleur suffocante, seul le bruit des moteurs des pelleteuses, bulldozers, bouteurs et autres gros engins déployés sur le site, imposent leur loi. Normal. L’heure est aux travaux de terrassement, d’implantation et d’aplanissement. Les énormes pelles mécaniques pénètrent avec rage dans le sol, remuent la terre avant de laisser le soin aux bulldozers de niveler la surface jadis recouverte de mauvaises herbes et de caillasses.
Les poteaux électriques qui jonchaient la route qui conduit à l’entrée principale du stade omnisports Ahmadou Ahidjo ont été tous démontés. Pareil pour certains panneaux publicitaires qui pavoisaient le trajet. De part et d’autre de l’asphalte, des tracés à la peinture et des piquets enfouis dans le sol sont visibles. « C’est pour circonscrire l’endroit qui va abriter les trois tribunes démontables devant contenir au moins 5000 places», explique l’un des assistants au chef chantier interrogé sur l’utilité de ces piquets. En effet, « un grand boulevard sera aménagé de la station Texaco omnisports à la station Mobil Ngousso. Sa longueur est de 1045 mètres. Pour cela, on va devoir agrandir les deux côtés de la route», explique sans autres précisions l’un des responsables des travaux. A la lisière des stades annexe n° 1 et 2, une dizaine d’ouvriers s’activent à transporter dans des brouettes du béton. Ici, « on va créer une grande rigole pour canaliser et permettre aux eaux issues du boulevard de circuler librement », nous apprend t-on.
2 – Le courroux des populations voisines
Pourtant, la sérénité de ces ouvriers contraste avec l’incertitude des yaoundéens exerçant à proximité du site. Sur les visages se dessinent à la fois de la confusion, de la rage et de la mélancolie. La raison est toute simple. La croix de Saint André a été apposée sur plus d’une centaine de commerces, sommant les occupants de déguerpir dans un délai de sept jours. Edifices publics, écoles, salon de coiffure, bars, restaurants, supermarchés, quincailleries, station service… Aucune bâtisse située à moins de 10 mètres de la chaussée n’a été épargnée. Si la distance limite exige à certains à ne supprimer que leurs clôtures, à d’autres c’est carrément toute la construction qu’il faut dégager pour « laisser passer la route ». Du coup, ces « victimes » vivent sur le qui-vive depuis plus d’une semaine, attendant désespérément que le glas du jour j sonne.
Malgré cette instruction du délégué, certains commerçants continuent d’exercer sans gène. C’est le cas des bars, des bistrots et autres restaurants qui continuent de drainer des foules. « Les gens ne vont pas mourir de faim ou de soif parce que Tsimi veut les chasser. En attendant qu’il arrive, nous on recharge les batteries », ironise un client. Une attitude qui cache mal le courroux des gérants et propriétaires de magasins vis-à-vis du délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY). Car « il y a quelques mois, c’est lui-même qui nous demandait de respecter la distance normale (7métres de la chaussée Ndlr) pour éviter d’éventuels désagréments avec la CUY. Consigne que nous avons respecter à la lettre. Nous sommes très surpris qu’aujourd’hui ce soit encore lui qui vienne nous sommer de déguerpir, prétextant que nous sommes situés en route. Nous n’avons pas le droit de vivre en paix dans ce pays ? Il nous chasse pour que nous allions où ? », tempête Eléonore Dawa, jeune commerçante de nationalité gabonaise installé à Mfandena depuis quatre ans.
Ces commerçants sont d’autant plus frustrés parce que la CUY n’a envisagé aucune procédure pour « compenser le dommage » qu’elle va causer en engageant les casses sur toute la distance que va couvrir le nouveau boulevard. « Les agents de la CUY nous disent qu’ils ne veulent rien comprendre. Qu’on leur présente un titre foncier ou non, tout ce dont ils souhaitent c’est que nous déguerpissions le plus vite possible. Ce qui n’est pas normal. Nous sommes quand même dans un pays de droit. Ils devaient au moins s’arranger à dédommager ceux des commerçants qui possèdent un titre foncier. Ce qui nous permettrait de trouver un autre espace ailleurs pour poursuivre nos activités », se plaint Emile D, propriétaire d’un centre de formation en football. Les commerçants qui ont pour la plupart préférés continuer leurs activités annoncent un mouvement de contestation dans les prochains jours.
3 – Les raisons (mitigées) d’une délocalisation.
Les travaux d’aménagement du nouveau site qui ont démarré depuis bientôt deux semaines sont conjointement suivis par les ministères de la Défense, du Développement urbain et de l’habitat, des Domaines et des affaires foncières et la CUY. En plus de l’aménagement de l’axe principal et des voiries de la zone, les trois tribunes qui vont accueillir les personnalités de jour du défilé seront désormais amovibles. La décision portant délocalisation du boulevard du 20 mai est le résultat de la première réunion officielle du comité national d’organisation des cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification du Cameroun. Laquelle réunion s’est déroulée le 22 février 2010 à la présidence de la République sous la présidence de Martin Belinga Eboutou, président dudit comité et par ailleurs directeur du cabinet civil à la présidence de la République. Cependant des interrogations fusent de partout quant à la circulation des véhicules de transport urbain le jour du défilé. Quand on sait que cet axe est emprunté par les taxis pour rallier le centre ville à deux hôpitaux de référence que sont l’hôpital gynéco obstétrique et l’hôpital général, « on se demande bien quel est le sort qui sera réservé à ces malades dont l’état nécessite obligatoirement une opération chirurgicale ou toute autre intervention d’urgence. Les routes étant barrées ce jour là ils risquent de succomber», s’inquiète Paul Ken, enseignant. Pire, la circulation qu’on connaît souvent très dense sur cet axe qui conduit à l’université de Yaoundé II Soa ne va-t-elle pas paralyser les chauffeurs de taxis, habitués à cette voie ? La question reste sans réponse. A y voir de plus prés, ces derniers vont être obligés d’aller contourner vers « Manguier Etoudi », une route très peu praticable.
Outre cette délocalisation du site du défilé, l’aménagement de la place de l’Indépendance au lieu dit Carrefour de l’Hôtel de ville par la construction des bustes et des stèles, la construction d’un Panthéon destiné à accueillir les restes des figures marquantes l’histoire du Cameroun et la restauration et la rénovation des monuments historiques sont inscrits dans l’agenda du comité national d’organisation des cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification du Cameroun.
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